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vendredi 10 février 2012
09/02/2012 - Publication de l'avenant conventionnel sur la dématérialisation des ordonnances
Un arrêté portant approbation de l'avenant n°3 de la convention pharmaceutique, qui entérine la généralisation de la dématérialisation des ordonnances par les officines est paru au Journal Officiel de ce jour. Cet avenant, signé en novembre entre L'Union nationale des caisses d'assurance maladie et la FSPF, l'USPO et l'UNPF, prévoit la scannérisation des ordonnances par les pharmaciens et de leur envoi tous 15 jours par CD-Rom à l'Assurance maladie. La seconde phase consistera en une télétransmission complète des ordonnances. Dans le cadre de la numérisation, les pharmaciens percevront une aide conventionnelle de 418,60 euros TTC.
mardi 7 février 2012
Compétitivité : faut-il supprimer la protection sociale ?
Excellent article paru sur http://pharmanalyses.fr/competitivite-faut-il-supprimer-la-protection-sociale/
Réduire le coût du travail en transférant les cotisations sociales sur les salaires vers l’impôt, en particulier la TVA serait le remède miracle à la perte de compétitivité des entreprises et la clé de ré-industrialisation. Mais si ce qui est présenté comme une évidence cachait une idéologie visant à casser la protection sociale ?
Démonstration.
Le transfert de la part patronale des cotisations familiales vers la TVA, décidée par Nicolas Sarkozy, suffira-t-elle à redonner de la compétitivité à nos entreprises en leur permettant, par la baisse du coût du travail, d’être plus concurrentielles et de redresser notre commerce extérieur qui affiche 75 milliards d’euros de déficit ? La plupart des économistes en doutent. Patrick Artus, économiste en chef de Natixis estime même que les entreprises « vont utiliser cette baisse de charges pour augmenter leurs marges bénéficiaires ».
En réalité, derrière cette antienne sur le coût du travail – obstacle à la performance économique – et la référence au modèle allemand - se cache l’idéologie « libéralo-mondialiste » selon laquelle la protection sociale est une charge indue pesant sur les entreprises. Une approche qui sonne comme un défi à l’Histoire.
L’Etat, patron de la Sécu
En matière de protection sociale, il existe deux modèles : le Beveridge et le Bismarck. Le premier a été mis en place en Angleterre pendant et après la seconde guerre mondiale sur la base des propositions de l’économiste William Beveridge. Il repose sur le principe que la protection sociale – maladie, vieillesse, chômage – relève de la solidarité nationale et doit être organisée et financée par l’Etat. C’est ce qui explique, la création, Outre-manche, d’un système public de santé, le fameux National Health System (NHS).
Le second – conçu par le chancelier allemand Bismarck à la fin du XIXe siècle – repose sur le principe que les partenaires sociaux (patrons et ouvriers) doivent s’entendre pour organiser et financer la protection sociale. C’est l’origine des cotisations sociales imputées sur les salaires.
Le système français est une synthèse ou un mélange des deux. Créée au lendemain de la seconde guerre mondiale par le général de Gaulle sur la base du programme du Conseil national de la Résistance, la Sécurité sociale est au départ d’inspiration très bismarckienne. Gérée paritairement par les syndicats de salariés et le patronat, son financement est assuré par les cotisations sociales. Mais l’Etat exerce une forme de tutelle sur le système.
Au fil du temps, de la généralisation de l’assurance-maladie et des crises financières, l’Etat prend de plus en plus de place dans le pilotage de la Sécurité sociale au point d’en être aujourd’hui le véritable patron.
La réforme de 1996 – ordonnances Juppé sur la maladie, les retraites et la famille – et celle de 2005 sur l’assurance-maladie ont consacré la prise de pouvoir de l’Etat dans la citadelle Sécu.
Pousser la logique jusqu’au bout
La réforme des retraites de 2011 est l’œuvre de l’Etat, comme le président de la République ne cesse de le répéter. A l’assurance-maladie, le Conseil de l’UNCAM (Union nationale des caisses d’assurance-maladie) – composé des partenaires sociaux – fait de la figuration. Le vrai pouvoir est détenu par le directeur général, haut fonctionnaire nommé par le gouvernement pour un mandat de 5 ans. L’actuel directeur, Frédérick Van Roekeghem en est à son deuxième quinquennat.
En outre, les différentes branches de la Sécurité sociale – maladie, retraite, famille – reçoivent chaque année leur feuille de route à travers la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), votée par le Parlement. Ce texte fixe le cadre financier, les mesures budgétaires et les dispositions organisationnelles de chacune des branches. Seul le financement assis sur les cotisations sociales maintient la fiction d’un système bismarckien alors qu’il est de fait « beveridegisé ».
Pourquoi en effet, ne pas pousser la logique jusqu’au bout et clarifier la situation en transférant le financement de la protection sociale sur la fiscalité, ce qui allégerait considérablement le coût du travail ? Oui, mais sur quels impôts ? Le revenu, ce qui supposerait une augmentation sur les tranches supérieures ? L’impôt sur la fortune ? Un impôt à créer sur le capital ? La CSG ?
Les libéraux-mondialistes poussent des cris d’orfraies à cette perspective, brandissant la menace de l’expatriation des capitaux et des grandes fortunes en raison du taux de prélèvements obligatoires, déjà considéré comme excessif.
Le modèle français a dédaigné l’industrie manufacturière
Conclusion : la protection sociale ne pouvant plus être financée ni par les cotisations sociales pour cause de compétitivité, ni par l’impôt pour cause de prélèvements obligatoires, il n’y a plus qu’une solution : la supprimer… Chacun serait libre de capitaliser pour sa retraite et de souscrire une assurance santé. Bref, le modèle américain, celui-là même qui laisse 17 % de la population, soit 45 millions de personnes dans l’impossibilité d’avoir une couverture maladie. Une situation que la réforme Obama, a très sensiblement modifié au grand dam des Républicains libéraux qui ont accusé le Président d’être un « dangereux socialiste français » !
Cette chasse au coût de la protection sociale ne résiste pas à l’analyse et à la comparaison avec les autres pays européens, l’Allemagne en particulier où les cotisations sociales pèsent aussi sur les salaires.
Si notre partenaire allemand triomphe à l’exportation, ce n’est pas en raison du relatif différentiel de coût salarial avec la France apparu ces dernières années mais pour des raisons structurelles. Tant qu’à copier le modèle allemand, autant le copier dans ce qu’il a de plus pertinent et qui s’appelle le capitalisme rhénan.
L’Allemagne est un pays historiquement industriel. En 1949, au moment de la création de la République fédérale, la priorité était la reconstitution de l’outil industriel détruit par la guerre. Le nouvel Etat et le système bancaire se mettent au service de l’industrie : détermination de filières industrielles prioritaires, appui des grands groupes aux petites et moyennes entreprises, partenariat banques-entreprises pour développer un tissu de petites et surtout de moyennes entreprises. Là est la clé du capitalisme rhénan. Les banques accompagnent les entreprises dans leur développement. Pour les banques allemandes, l’entreprise – petite et moyenne – est une chance. En France, pour les banques, l’entreprise est un risque. Le capitalisme rhénan a permis de créer un tissu de petites et moyennes entreprises industrielles, spécialisées et performantes dans leur domaine. Dans le même temps, le modèle français, d’inspiration étatique, a choisi de développer des grands groupes internationaux dans quelques domaines qui sont effectivement puissants et performants. Mais il a dédaigné l’industrie manufacturière et n’a pas construit ce tissu industriel qui fait la force du modèle allemand. L’industrie n’était pas considérée comme une activité assez noble. Ce n’est pas un hasard si le concept d’industrie sans usine est né à Paris et pas à Berlin.
Une industrie sous-capitalisée
On en paye aujourd’hui le prix. La plus grand faiblesse de l’industrie française est la sous-capitalisation, l’absence de partenariat banque-entreprise, une non politique industrielle, le crédit-crunch et pas le coût, ni la durée du travail comparés à ce qu’ils sont en Allemagne. Les ouvriers, cadres et ingénieurs allemands ne sont pas des chinois travaillant 18 h par jour, 365 jours par an dans des ateliers insalubres pour des salaires de misère et la durée du travail, en Allemagne, est inférieure à celle de la France, malgré les 35 heures. D’ailleurs, les Mercedes et les BMW fabriquées à Stuttgart et à Munich se vendent comme des petits pains alors que les Renault, fabriquées en Roumanie et en Turquie ne cessent de perdre des parts de marché. De quoi désespérer définitivement Billancourt qui est d’ailleurs fermé depuis pas mal d’années.
L’Europe, l’idiot du village global fabrique-chinoise
La proposition avancée, à la fois par François Hollande et Nicolas Sarkozy, de créer une banque publique d’investissement ciblée sur les entreprises innovantes petites et moyennes et sur des filières industrielles est peut être l’amorce de la création d’un capitalisme rhénan à la française. C’est sur ce genre d’approche qu’il faut se concentrer plutôt que de désigner la protection sociale comme le bouc émissaire de tous nos maux pour complaire aux tenants de l’idéologie libéralo-mondialiste dont il faut comprendre les ressorts.
Cette idéologie est fondée sur l’idée que le capital humain – c’est-à-dire le travail – est une marchandise comme une autre et qu’elle doit être mise en concurrence comme les autres. Le travailleur occidental, avec son gros salaire et sa protection sociale, est hors marché. Il doit donc s’adapter ou disparaitre. Cela s’appelle les délocalisations.
Pourquoi pas ? Sauf que la mondialisation ne se joue pas partout avec les mêmes règles du jeu. Au nom de la libre concurrence, l’Europe a ouvert grand ses frontières alors que d’autres grands ensembles économiques comme les Etats-Unis ou la Chine sont restés extraordinairement protectionnistes. La réponse à cette situation n’est pas la démondialisation, mais une mondialisation équilibrée dans laquelle tout le monde jouerait avec les mêmes règles du jeu commerciales, sociales, environnementales, réglementaires. Il serait temps que, dans la mondialisation, l’Europe cesse, selon l’expression d’Hubert Vedrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères, d’être« l’idiot du village global ».
A cette condition, le débat sur la compétitivité et le coût du travail – qui est un vrai débat – gagnerait en intelligence ce qu’il perdrait en idéologie.
Philippe Rollandin
Réduire le coût du travail en transférant les cotisations sociales sur les salaires vers l’impôt, en particulier la TVA serait le remède miracle à la perte de compétitivité des entreprises et la clé de ré-industrialisation. Mais si ce qui est présenté comme une évidence cachait une idéologie visant à casser la protection sociale ?
Démonstration.
Le transfert de la part patronale des cotisations familiales vers la TVA, décidée par Nicolas Sarkozy, suffira-t-elle à redonner de la compétitivité à nos entreprises en leur permettant, par la baisse du coût du travail, d’être plus concurrentielles et de redresser notre commerce extérieur qui affiche 75 milliards d’euros de déficit ? La plupart des économistes en doutent. Patrick Artus, économiste en chef de Natixis estime même que les entreprises « vont utiliser cette baisse de charges pour augmenter leurs marges bénéficiaires ».
En réalité, derrière cette antienne sur le coût du travail – obstacle à la performance économique – et la référence au modèle allemand - se cache l’idéologie « libéralo-mondialiste » selon laquelle la protection sociale est une charge indue pesant sur les entreprises. Une approche qui sonne comme un défi à l’Histoire.
L’Etat, patron de la Sécu
En matière de protection sociale, il existe deux modèles : le Beveridge et le Bismarck. Le premier a été mis en place en Angleterre pendant et après la seconde guerre mondiale sur la base des propositions de l’économiste William Beveridge. Il repose sur le principe que la protection sociale – maladie, vieillesse, chômage – relève de la solidarité nationale et doit être organisée et financée par l’Etat. C’est ce qui explique, la création, Outre-manche, d’un système public de santé, le fameux National Health System (NHS).
Le second – conçu par le chancelier allemand Bismarck à la fin du XIXe siècle – repose sur le principe que les partenaires sociaux (patrons et ouvriers) doivent s’entendre pour organiser et financer la protection sociale. C’est l’origine des cotisations sociales imputées sur les salaires.
Le système français est une synthèse ou un mélange des deux. Créée au lendemain de la seconde guerre mondiale par le général de Gaulle sur la base du programme du Conseil national de la Résistance, la Sécurité sociale est au départ d’inspiration très bismarckienne. Gérée paritairement par les syndicats de salariés et le patronat, son financement est assuré par les cotisations sociales. Mais l’Etat exerce une forme de tutelle sur le système.
Au fil du temps, de la généralisation de l’assurance-maladie et des crises financières, l’Etat prend de plus en plus de place dans le pilotage de la Sécurité sociale au point d’en être aujourd’hui le véritable patron.
La réforme de 1996 – ordonnances Juppé sur la maladie, les retraites et la famille – et celle de 2005 sur l’assurance-maladie ont consacré la prise de pouvoir de l’Etat dans la citadelle Sécu.
Pousser la logique jusqu’au bout
La réforme des retraites de 2011 est l’œuvre de l’Etat, comme le président de la République ne cesse de le répéter. A l’assurance-maladie, le Conseil de l’UNCAM (Union nationale des caisses d’assurance-maladie) – composé des partenaires sociaux – fait de la figuration. Le vrai pouvoir est détenu par le directeur général, haut fonctionnaire nommé par le gouvernement pour un mandat de 5 ans. L’actuel directeur, Frédérick Van Roekeghem en est à son deuxième quinquennat.
En outre, les différentes branches de la Sécurité sociale – maladie, retraite, famille – reçoivent chaque année leur feuille de route à travers la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), votée par le Parlement. Ce texte fixe le cadre financier, les mesures budgétaires et les dispositions organisationnelles de chacune des branches. Seul le financement assis sur les cotisations sociales maintient la fiction d’un système bismarckien alors qu’il est de fait « beveridegisé ».
Pourquoi en effet, ne pas pousser la logique jusqu’au bout et clarifier la situation en transférant le financement de la protection sociale sur la fiscalité, ce qui allégerait considérablement le coût du travail ? Oui, mais sur quels impôts ? Le revenu, ce qui supposerait une augmentation sur les tranches supérieures ? L’impôt sur la fortune ? Un impôt à créer sur le capital ? La CSG ?
Les libéraux-mondialistes poussent des cris d’orfraies à cette perspective, brandissant la menace de l’expatriation des capitaux et des grandes fortunes en raison du taux de prélèvements obligatoires, déjà considéré comme excessif.
Le modèle français a dédaigné l’industrie manufacturière
Conclusion : la protection sociale ne pouvant plus être financée ni par les cotisations sociales pour cause de compétitivité, ni par l’impôt pour cause de prélèvements obligatoires, il n’y a plus qu’une solution : la supprimer… Chacun serait libre de capitaliser pour sa retraite et de souscrire une assurance santé. Bref, le modèle américain, celui-là même qui laisse 17 % de la population, soit 45 millions de personnes dans l’impossibilité d’avoir une couverture maladie. Une situation que la réforme Obama, a très sensiblement modifié au grand dam des Républicains libéraux qui ont accusé le Président d’être un « dangereux socialiste français » !
Cette chasse au coût de la protection sociale ne résiste pas à l’analyse et à la comparaison avec les autres pays européens, l’Allemagne en particulier où les cotisations sociales pèsent aussi sur les salaires.
Si notre partenaire allemand triomphe à l’exportation, ce n’est pas en raison du relatif différentiel de coût salarial avec la France apparu ces dernières années mais pour des raisons structurelles. Tant qu’à copier le modèle allemand, autant le copier dans ce qu’il a de plus pertinent et qui s’appelle le capitalisme rhénan.
L’Allemagne est un pays historiquement industriel. En 1949, au moment de la création de la République fédérale, la priorité était la reconstitution de l’outil industriel détruit par la guerre. Le nouvel Etat et le système bancaire se mettent au service de l’industrie : détermination de filières industrielles prioritaires, appui des grands groupes aux petites et moyennes entreprises, partenariat banques-entreprises pour développer un tissu de petites et surtout de moyennes entreprises. Là est la clé du capitalisme rhénan. Les banques accompagnent les entreprises dans leur développement. Pour les banques allemandes, l’entreprise – petite et moyenne – est une chance. En France, pour les banques, l’entreprise est un risque. Le capitalisme rhénan a permis de créer un tissu de petites et moyennes entreprises industrielles, spécialisées et performantes dans leur domaine. Dans le même temps, le modèle français, d’inspiration étatique, a choisi de développer des grands groupes internationaux dans quelques domaines qui sont effectivement puissants et performants. Mais il a dédaigné l’industrie manufacturière et n’a pas construit ce tissu industriel qui fait la force du modèle allemand. L’industrie n’était pas considérée comme une activité assez noble. Ce n’est pas un hasard si le concept d’industrie sans usine est né à Paris et pas à Berlin.
Une industrie sous-capitalisée
On en paye aujourd’hui le prix. La plus grand faiblesse de l’industrie française est la sous-capitalisation, l’absence de partenariat banque-entreprise, une non politique industrielle, le crédit-crunch et pas le coût, ni la durée du travail comparés à ce qu’ils sont en Allemagne. Les ouvriers, cadres et ingénieurs allemands ne sont pas des chinois travaillant 18 h par jour, 365 jours par an dans des ateliers insalubres pour des salaires de misère et la durée du travail, en Allemagne, est inférieure à celle de la France, malgré les 35 heures. D’ailleurs, les Mercedes et les BMW fabriquées à Stuttgart et à Munich se vendent comme des petits pains alors que les Renault, fabriquées en Roumanie et en Turquie ne cessent de perdre des parts de marché. De quoi désespérer définitivement Billancourt qui est d’ailleurs fermé depuis pas mal d’années.
L’Europe, l’idiot du village global fabrique-chinoise
La proposition avancée, à la fois par François Hollande et Nicolas Sarkozy, de créer une banque publique d’investissement ciblée sur les entreprises innovantes petites et moyennes et sur des filières industrielles est peut être l’amorce de la création d’un capitalisme rhénan à la française. C’est sur ce genre d’approche qu’il faut se concentrer plutôt que de désigner la protection sociale comme le bouc émissaire de tous nos maux pour complaire aux tenants de l’idéologie libéralo-mondialiste dont il faut comprendre les ressorts.
Cette idéologie est fondée sur l’idée que le capital humain – c’est-à-dire le travail – est une marchandise comme une autre et qu’elle doit être mise en concurrence comme les autres. Le travailleur occidental, avec son gros salaire et sa protection sociale, est hors marché. Il doit donc s’adapter ou disparaitre. Cela s’appelle les délocalisations.
Pourquoi pas ? Sauf que la mondialisation ne se joue pas partout avec les mêmes règles du jeu. Au nom de la libre concurrence, l’Europe a ouvert grand ses frontières alors que d’autres grands ensembles économiques comme les Etats-Unis ou la Chine sont restés extraordinairement protectionnistes. La réponse à cette situation n’est pas la démondialisation, mais une mondialisation équilibrée dans laquelle tout le monde jouerait avec les mêmes règles du jeu commerciales, sociales, environnementales, réglementaires. Il serait temps que, dans la mondialisation, l’Europe cesse, selon l’expression d’Hubert Vedrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères, d’être« l’idiot du village global ».
A cette condition, le débat sur la compétitivité et le coût du travail – qui est un vrai débat – gagnerait en intelligence ce qu’il perdrait en idéologie.
Philippe Rollandin
jeudi 2 février 2012
Vous fîtes ce que vous putes et nous épatâtes....Une cérémonie-hommage à Michel Kazatchkine
lequotidiendumedecin.fr 01/02/2012
Michel Kazatchkine. - S. TOUBON
La conférence donnée à l’occasion des 10 ans du fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme s’est transformée mardi soir en un émouvant hommage au directeur exécutif Michel Kazatchkine. Son départ, fortement regretté, laisse craindre la suprématie des considérations financières au détriment des besoins humanitaires.
À peine Michel Kazatchkine a-t-il terminé son discours retraçant les actions du Fonds mondial ces 10 dernières années que les quelque 300 personnes réunies mardi soir à Paris se sont levées pour une standing ovation de plusieurs minutes. Aux premiers rangs, la 1re dame de Géorgie et ambassadrice de bonne volonté de l’OMS, Sandra Roelofs, Bernard Kouchner, Michèle Barzach, présidente des amis du fonds mondial Europe, ou encore Mireille Guigaz, qui vient tout juste de succéder au Pr Patrice Debré au poste d’ambassadeur chargé de la lutte contre le VIH/sida et les maladies transmissibles. Aucun des prestigieux intervenants qui ont ensuite pris la parole n’a manqué de rendre un hommage appuyé au directeur sortant.
« Michel Kazatchkine a mis au-devant de ses préoccupations des aspects éthiques et au centre de son action les plus vulnérables, qu’il nous quitte la tête haute ! », a exhorté Awa Coll Seck, ancienne ministre de la Santé du Sénégal. Michel Sidibe, directeur de l’ONUSIDA a salué un homme « qui a dédié sa vie à la lutte contre le sida » et a su « faire le lien avec les personnes à risques et s’engager pour le respect des droits de l’homme ». « Michel Kazatchkine nous a inspirés, nous a guidés vers une bonne gouvernance et fut un chef d’orchestre pendant cette décennie », a déclaré la 1re dame de Géorgie. « Vous fîtes ce que vous putes et nous épatâtes » a lancé Charles Goerens, parlementaire européen du Luxembourg, déclenchant les rires de l’auditoire.
Des vies sauvées.
Tous ont témoigné par des chiffres ou des anecdotes, l’apport du Fonds mondial à lutte contre ces épidémies mortelles. « En sauvant 7 millions de vies, il a prouvé son efficacité », a commencé Michèle Barzach. Sur le front du combat contre le paludisme, « 100 millions de dollars y étaient consacrés en 2003, grâce au Fonds, nous en sommes à 2 milliards en 2011 dont 60 à 70 % assurés par le Fonds », remarque Awa Coll Seck, en précisant que désormais 73 % des populations à risque en Afrique sont couvertes contre 5 % en 2000. Les chiffres sont tout aussi impressionnants du côté de la lutte contre le VIH/sida. « Pas plus de 50 000 personnes étaient sous traitement en Afrique il y a 10 ans, on en compte désormais plus de 50 millions », a affirmé le président de l’ONUSIDA. « Aujourd’hui, ce ne sont pas 3 mais 56 pays qui ont réussi à stabiliser l’épidémie », a-t-il poursuivi. La ministre de la Santé du Bénin, Dorothée Kinde Gazard, a insisté sur le rôle du Fonds contre la tuberculose dans son pays : « Nous avons distribué 4 millions de moustiquaires et des traitements, mais surtout la prise en charge ne se fait pas exclusivement dans les hôpitaux : les "mamas" savent maintenant protéger leurs enfants. » Pour Mme Gazard, comme pour les représentants des pays récipiendaires, le Fonds mondial a aussi contribué à renforcer le système de santé national et la gouvernance. Il a enfin entendu et reconnu la voix des pays du sud, qui siègent à égalité avec les pays donateurs au conseil d’administration.
« Je suis fier de ce bilan, en termes de vies sauvées, de malades soignés mais aussi au niveau de l’impact que le Fonds a pu avoir sur la vie des gens, des communautés, des villages », a confié Michel Kazatchkine à l’issue de ce concert de louanges. « Je suis triste de quitter le Fonds, mais il y a de la violence politique derrière mon départ », reconnaît-il. L’annulation du Round 11 à l’automne, suite au désistement de grands bailleurs comme les États-Unis, n’y est pas pour rien. Beaucoup craignent que les considérations financières priment sur la demande sanitaire. « Le Fonds ne peut se payer le luxe de devenir un instrument de pouvoir politique, il nous faut revenir aux fondamentaux (...) Une gestion financière irréprochable n’est pas l’unique chose qui compte », a conclu Mireille Guigaz
Michel Kazatchkine. - S. TOUBON
La conférence donnée à l’occasion des 10 ans du fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme s’est transformée mardi soir en un émouvant hommage au directeur exécutif Michel Kazatchkine. Son départ, fortement regretté, laisse craindre la suprématie des considérations financières au détriment des besoins humanitaires.
À peine Michel Kazatchkine a-t-il terminé son discours retraçant les actions du Fonds mondial ces 10 dernières années que les quelque 300 personnes réunies mardi soir à Paris se sont levées pour une standing ovation de plusieurs minutes. Aux premiers rangs, la 1re dame de Géorgie et ambassadrice de bonne volonté de l’OMS, Sandra Roelofs, Bernard Kouchner, Michèle Barzach, présidente des amis du fonds mondial Europe, ou encore Mireille Guigaz, qui vient tout juste de succéder au Pr Patrice Debré au poste d’ambassadeur chargé de la lutte contre le VIH/sida et les maladies transmissibles. Aucun des prestigieux intervenants qui ont ensuite pris la parole n’a manqué de rendre un hommage appuyé au directeur sortant.
« Michel Kazatchkine a mis au-devant de ses préoccupations des aspects éthiques et au centre de son action les plus vulnérables, qu’il nous quitte la tête haute ! », a exhorté Awa Coll Seck, ancienne ministre de la Santé du Sénégal. Michel Sidibe, directeur de l’ONUSIDA a salué un homme « qui a dédié sa vie à la lutte contre le sida » et a su « faire le lien avec les personnes à risques et s’engager pour le respect des droits de l’homme ». « Michel Kazatchkine nous a inspirés, nous a guidés vers une bonne gouvernance et fut un chef d’orchestre pendant cette décennie », a déclaré la 1re dame de Géorgie. « Vous fîtes ce que vous putes et nous épatâtes » a lancé Charles Goerens, parlementaire européen du Luxembourg, déclenchant les rires de l’auditoire.
Des vies sauvées.
Tous ont témoigné par des chiffres ou des anecdotes, l’apport du Fonds mondial à lutte contre ces épidémies mortelles. « En sauvant 7 millions de vies, il a prouvé son efficacité », a commencé Michèle Barzach. Sur le front du combat contre le paludisme, « 100 millions de dollars y étaient consacrés en 2003, grâce au Fonds, nous en sommes à 2 milliards en 2011 dont 60 à 70 % assurés par le Fonds », remarque Awa Coll Seck, en précisant que désormais 73 % des populations à risque en Afrique sont couvertes contre 5 % en 2000. Les chiffres sont tout aussi impressionnants du côté de la lutte contre le VIH/sida. « Pas plus de 50 000 personnes étaient sous traitement en Afrique il y a 10 ans, on en compte désormais plus de 50 millions », a affirmé le président de l’ONUSIDA. « Aujourd’hui, ce ne sont pas 3 mais 56 pays qui ont réussi à stabiliser l’épidémie », a-t-il poursuivi. La ministre de la Santé du Bénin, Dorothée Kinde Gazard, a insisté sur le rôle du Fonds contre la tuberculose dans son pays : « Nous avons distribué 4 millions de moustiquaires et des traitements, mais surtout la prise en charge ne se fait pas exclusivement dans les hôpitaux : les "mamas" savent maintenant protéger leurs enfants. » Pour Mme Gazard, comme pour les représentants des pays récipiendaires, le Fonds mondial a aussi contribué à renforcer le système de santé national et la gouvernance. Il a enfin entendu et reconnu la voix des pays du sud, qui siègent à égalité avec les pays donateurs au conseil d’administration.
« Je suis fier de ce bilan, en termes de vies sauvées, de malades soignés mais aussi au niveau de l’impact que le Fonds a pu avoir sur la vie des gens, des communautés, des villages », a confié Michel Kazatchkine à l’issue de ce concert de louanges. « Je suis triste de quitter le Fonds, mais il y a de la violence politique derrière mon départ », reconnaît-il. L’annulation du Round 11 à l’automne, suite au désistement de grands bailleurs comme les États-Unis, n’y est pas pour rien. Beaucoup craignent que les considérations financières priment sur la demande sanitaire. « Le Fonds ne peut se payer le luxe de devenir un instrument de pouvoir politique, il nous faut revenir aux fondamentaux (...) Une gestion financière irréprochable n’est pas l’unique chose qui compte », a conclu Mireille Guigaz
mercredi 1 février 2012
lundi 30 janvier 2012
L'ARS Nord-Pas-de-Calais, seconde agence à publier son Projet régional de santé
22/01/12 - Daniel Lenoir, Directeur général de l'ARS Nord-Pas-de-Calais a tenu le cinquième point presse mensuel de l'Agence le 12 janvier 2012. A cette occasion, il a présenté la version définitive du Projet régional de santé (PRS), même si le schéma régional de prévention est toujours en chantier et devrait être adopté en mars. Ce document, le second à avoir été bouclé après celui de la région Poitou-Charentes, fixe pour les 5 ans à venir l'organisation de l'ensemble des soins préventifs, curatifs et médicosociaux sur les territoires de la région. Autre point abordé, l'organisation de la Permanence des soins ambulatoires (PDS A).
> Les dossiers de presse :
http://partenairesante.arsnpdc.fr/16012012Cinquieme-point-presse-mensuel-de-l8217Agence,1.media?a=332
> Le lien avec l'ensemble des documents du PRS de l'ARS 59-62 et les arrêtés en date du 31 décembre 2011 relatifs aux PSRS, SROS, au programme "santé des détenus", au programme régional de prévention des infections liées aux soins, au programme pluriannuel de gestion du risque 2010-2013, aux SROMS, PRAPS, PRIAC, au programme système d'information télémédecine/télésanté :
http://www.ars.nordpasdecalais.sante.fr/Le-Projet-regional-de-sante-P.128309.0.html
> Les dossiers de presse :
http://partenairesante.arsnpdc.fr/16012012Cinquieme-point-presse-mensuel-de-l8217Agence,1.media?a=332
> Le lien avec l'ensemble des documents du PRS de l'ARS 59-62 et les arrêtés en date du 31 décembre 2011 relatifs aux PSRS, SROS, au programme "santé des détenus", au programme régional de prévention des infections liées aux soins, au programme pluriannuel de gestion du risque 2010-2013, aux SROMS, PRAPS, PRIAC, au programme système d'information télémédecine/télésanté :
http://www.ars.nordpasdecalais.sante.fr/Le-Projet-regional-de-sante-P.128309.0.html
mercredi 25 janvier 2012
De l'importance politique des associations de patients Didier Tabuteau : vers une nouvelle loi pour les droits des patients ?
(...) La France est en retard sur le droit à l’information sur la qualité des établissements et des professionnels, d’où le succès des palmarès hospitaliers dans les médias. (...) L’égalité d’accès aux soins comprend trois volets : financier, territorial et socioculturel, c’est-à-dire l’accès à l’information. Celui-ci est aujourd’hui essentiellement assuré par les professionnels, qui sont la source la plus utilisée pour se renseigner sur le système de santé. Cela signifie que vous n’obtenez pas les mêmes informations selon que vous avez des médecins dans votre famille ou votre entourage proche ou que vous avez une telle distance socioculturelle avec le milieu médical que vous n’osez même pas demander à votre praticien un conseil sur un établissement.
(...) Les associations de patients ont porté plusieurs politiques publiques, non seulement dans la lutte contre le sida, mais aussi contre le diabète, le cancer et bien d’autres, avec une efficacité, une clairvoyance et une compétence remarquables.
La loi du 4 mars 2002 n’est pas allée assez loin dans la démocratie sanitaire. Il faut lui donner les moyens, en particulier financiers, qui existent pour les démocraties politique et sociale, pour que les associations puissent assurer leurs rôles en toute indépendance des intérêts privés. Elles ont des milliers de postes de représentation à remplir dans les institutions (commissions régionales, nationales, agences, etc) et les établissements de santé. Certaines fonctions éminentes sont déjà excellement assurées par certains de leurs représentants. Mais pour qu’elles jouent un rôle majeur, il faut que leurs membres soient formés et leurs fonctions soutenues. C’est fondamental pour un système de santé moderne, dont les quatre piliers sont l’État, les caisses d’assurance maladie, les professionnels de santé et les associations de patients et d’usagers.
Aujourd’hui, le système est bancal parce que ce dernier pilier n’a pas la puissance institutionnelle des syndicats et des professionnels. Son renforcement devrait être un élément majeur d’une future loi sur les droits des patients.
La loi HPST (Hôpital patients santé territoires) est passée complètement à côté de cette nécessité. La Conférence nationale de santé s’appuie sur les services du ministère de la santé, et les conférences régionales dépendent totalement des ARS (agences régionales de santé), dont elles sont des sortes de commissions annexes, sans secrétariat ni budget autonomes. Or il faut assurer leur indépendance, de même qu’il faut donner aux associations représentatives les moyens pour remplir les missions que leur donne la loi.
Contrairement aux droits individuels (codécision, accès au dossier médical, …) et collectifs (droit à l’information, démocratie sanitaire), les droits sociaux ont plutôt régressé, notamment en ce qui concerne les conditions de prise en charge des soins et de la prévention. Il faut en particulier revenir à un taux de remboursement satisfaisant des soins courants et refaire des assurances privées et des mutuelles des complémentaires, et non pas des acteurs principaux du système.
C’est important en particulier pour les ALD (affections de longue durée), dont la prise en charge est de 100 % pour la pathologie principale, mais pas pour le reste ; or en général les malades concernés ont des pathologies associées, ce sont même eux qui supportent le plus les dépenses de soins courants.
Il faut également faire cesser les restes à charge extrêmes, par exemple, le ticket modérateur hospitalier, qui est un non-sens : qui peut légitimement soutenir que c’est aux patients de modérer leur recours à l’hospitalisation ? L’exonération doit être indépendante de sa durée et des actes pratiqués. Même pour les soins ambulatoires, invoquer la responsabilité du patient est un discours difficile à tenir : le gaspillage et le nomadisme médical sont très marginaux dans ces dépenses et ne justifient pas un reste à charge à 50 % ! L’immense majorité des soins sont contraints.
(...) Au total, nous assistons actuellement à une évolution profondément inégalitaire de l’assurance maladie. Les difficultés des finances publiques ne devraient pas la justifier, au contraire ! c’est dans les périodes de crise qu’il faut renforcer le pacte social. (...)
Depuis la loi du 4 mars 2002, les patients ont-ils changé ? C’est aux sociologues de répondre. Je pense que leurs droits individuels sont mieux reconnus même s’il reste beaucoup à faire.
Les usagers du système de santé ont également accès à beaucoup plus d’informations de santé qu’autrefois. En revanche, il est difficile de dire si ça n’a pas accentué les inégalités socioculturelles d’accès à la santé, qui restent majeures. (...). Enfin il est malheureusement certain que beaucoup rencontrent des difficultés accrues pour accéder aux services de santé pour des raisons financières ou de pénurie médicale.
D'après l'entretien publié dans le numéro 871 de décembre 2011 de la Revue du praticien médecine générale.
A lire ici : http://www.renaloo.com/component/content/article/34-les-dernieres-actualites/5507-didier-tabuteau-vers-une-nouvelle-loi-pour-les-droits-des-patients-.html
Mais la source originale est la Revue du praticien de médecine générale
Didier Tabuteau : vers une nouvelle loi pour les droits des patients ?
Didier Tabuteau, Conseiller d’État, responsable de la Chaire Santé de Sciences Po et du Centre d’Analyse des Politiques Publiques de Santé de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique, revient sur le bilan de la loi sur les droits des patients du 4 mars 2002 et sur les évolutions nécessaires... Extraits choisis.
(...) Les associations de patients ont porté plusieurs politiques publiques, non seulement dans la lutte contre le sida, mais aussi contre le diabète, le cancer et bien d’autres, avec une efficacité, une clairvoyance et une compétence remarquables.
La loi du 4 mars 2002 n’est pas allée assez loin dans la démocratie sanitaire. Il faut lui donner les moyens, en particulier financiers, qui existent pour les démocraties politique et sociale, pour que les associations puissent assurer leurs rôles en toute indépendance des intérêts privés. Elles ont des milliers de postes de représentation à remplir dans les institutions (commissions régionales, nationales, agences, etc) et les établissements de santé. Certaines fonctions éminentes sont déjà excellement assurées par certains de leurs représentants. Mais pour qu’elles jouent un rôle majeur, il faut que leurs membres soient formés et leurs fonctions soutenues. C’est fondamental pour un système de santé moderne, dont les quatre piliers sont l’État, les caisses d’assurance maladie, les professionnels de santé et les associations de patients et d’usagers.
Aujourd’hui, le système est bancal parce que ce dernier pilier n’a pas la puissance institutionnelle des syndicats et des professionnels. Son renforcement devrait être un élément majeur d’une future loi sur les droits des patients.
La loi HPST (Hôpital patients santé territoires) est passée complètement à côté de cette nécessité. La Conférence nationale de santé s’appuie sur les services du ministère de la santé, et les conférences régionales dépendent totalement des ARS (agences régionales de santé), dont elles sont des sortes de commissions annexes, sans secrétariat ni budget autonomes. Or il faut assurer leur indépendance, de même qu’il faut donner aux associations représentatives les moyens pour remplir les missions que leur donne la loi.
Contrairement aux droits individuels (codécision, accès au dossier médical, …) et collectifs (droit à l’information, démocratie sanitaire), les droits sociaux ont plutôt régressé, notamment en ce qui concerne les conditions de prise en charge des soins et de la prévention. Il faut en particulier revenir à un taux de remboursement satisfaisant des soins courants et refaire des assurances privées et des mutuelles des complémentaires, et non pas des acteurs principaux du système.
C’est important en particulier pour les ALD (affections de longue durée), dont la prise en charge est de 100 % pour la pathologie principale, mais pas pour le reste ; or en général les malades concernés ont des pathologies associées, ce sont même eux qui supportent le plus les dépenses de soins courants.
Il faut également faire cesser les restes à charge extrêmes, par exemple, le ticket modérateur hospitalier, qui est un non-sens : qui peut légitimement soutenir que c’est aux patients de modérer leur recours à l’hospitalisation ? L’exonération doit être indépendante de sa durée et des actes pratiqués. Même pour les soins ambulatoires, invoquer la responsabilité du patient est un discours difficile à tenir : le gaspillage et le nomadisme médical sont très marginaux dans ces dépenses et ne justifient pas un reste à charge à 50 % ! L’immense majorité des soins sont contraints.
(...) Au total, nous assistons actuellement à une évolution profondément inégalitaire de l’assurance maladie. Les difficultés des finances publiques ne devraient pas la justifier, au contraire ! c’est dans les périodes de crise qu’il faut renforcer le pacte social. (...)
Depuis la loi du 4 mars 2002, les patients ont-ils changé ? C’est aux sociologues de répondre. Je pense que leurs droits individuels sont mieux reconnus même s’il reste beaucoup à faire.
Les usagers du système de santé ont également accès à beaucoup plus d’informations de santé qu’autrefois. En revanche, il est difficile de dire si ça n’a pas accentué les inégalités socioculturelles d’accès à la santé, qui restent majeures. (...). Enfin il est malheureusement certain que beaucoup rencontrent des difficultés accrues pour accéder aux services de santé pour des raisons financières ou de pénurie médicale.
D'après l'entretien publié dans le numéro 871 de décembre 2011 de la Revue du praticien médecine générale.
A lire ici : http://www.renaloo.com/component/content/article/34-les-dernieres-actualites/5507-didier-tabuteau-vers-une-nouvelle-loi-pour-les-droits-des-patients-.html
Mais la source originale est la Revue du praticien de médecine générale
Didier Tabuteau : vers une nouvelle loi pour les droits des patients ?
Didier Tabuteau, Conseiller d’État, responsable de la Chaire Santé de Sciences Po et du Centre d’Analyse des Politiques Publiques de Santé de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique, revient sur le bilan de la loi sur les droits des patients du 4 mars 2002 et sur les évolutions nécessaires... Extraits choisis.
vendredi 20 janvier 2012
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